Mourir, version 2.0

Chaque jour, les Canadiens passent des heures branchés sur le net. C’est sur Internet qu’ils magasinent, qu’ils échangent avec des amis, qu’ils s’informent et qu’ils se divertissent. Peu à peu, au fil des ans, cette activité virtuelle génère une quantité fulgurante de données, qui s’accumulent dans les serveurs de Facebook, Google, Microsoft, Yahoo et autres entreprises technos.

Dans la recherche Entre mémoire et oubli: les consommateurs face à la mort numérique, qui vient d’être rendue publique, j’ai épluché les conditions d’utilisation des plus importantes entreprises technos afin de savoir ce qu’il advient de toutes ces données après notre mort.

Selon Nathan Lustig, fondateur de l’entreprise EntrustNet, trois millions de personnes inscrites à Facebook meurent chaque année (estimation de 2012).

Les courriels, commentaires et fichiers laissés sur les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne sont-ils condamnés à l’éternité numérique? Chez de nombreuses entreprises technos, il semble bien que ce pourrait être le cas. Par défaut, les comptes des utilisateurs de leurs services restent actifs tant qu’elles n’ont pas été avisées du décès. Seules les deux plus importantes entreprises ayant fait l’objet de l’étude — Google et Facebook — offrent aux internautes de choisir ce qu’ils souhaitent qu’il advienne de leurs données après leur mort.

Déterminer le sort des données numériques des morts est une question délicate, qui oppose des intérêts difficiles à concilier: la protection des renseignements personnels, le respect des dernières volontés d’une personne, les droits d’accès des proches endeuillés. Or, l’intransigeance des politiques de certaines entreprises technos peut parfois causer problème. Par exemple, plusieurs refusent, en toutes circonstances, de donner accès aux données d’une personne décédée à ses héritiers. Lorsqu’elles sont avisées de la mort d’un utilisateur, elles suppriment toutes ses données, même si elles ont une valeur sentimentale ou économique.

Aux États-Unis et en France, les lois ont été modifiées récemment pour donner le droit aux internautes d’émettre des volontés sur le sort de leurs données numériques et pour baliser les conditions sous lesquelles l’accès aux données d’un défunt peut être accordé à ses proches. Au Canada, toutefois, la loi n’est toujours pas claire sur ces questions.

Données ouvertes: City Bike et Bixi

City Bike, le système de vélo partagé de New York, rend publiques une multitude de données brutes sur les trajets qui sont effectués quotidiennement par ses utilisateurs. C’est là une initiative louable, qui s’inscrit dans le mouvement des données ouvertes.

Mais City Bike en dit peut-être trop. Pour chaque trajet individuel, l’entreprise donne l’heure du début et de la fin du déplacement, le sexe du cycliste, l’année de sa naissance, son type d’abonnement et l’identifiant unique du vélo utilisé — le tout organisé dans de volumineuses feuilles de calcul, assez rebutantes pour le profane (dont je suis).

Selon Todd Schneider, qui a fait une analyse exhaustive des données ouvertes de City Bike, ces renseignements permettent d’identifier de manière unique un cycliste dans 84% des cas.

That means you can find out where and when the rider dropped off the bike, which might be sensitive information. Because men account for 77% of all subscriber trips, it’s even easier to uniquely identify rides by women: if we restrict to female riders, then 92% of trips can be uniquely identified.

Je dirais même plus. J’irais même jusqu’à penser qu’il est possible de croiser ces données avec d’autres données disponibles au public, et ainsi parvenir à trouver certains noms des personnes concernées.

Par exemple, les utilisateurs réguliers qui prennent le City Bike pour aller travailler débutent probablement leur trajet au même endroit tous les jours, tout près de leur résidence. À partir de cette information, on peut donc déduire le ZIP Code (code postal) de la personne. En ajoutant à ce lieu de résidence présumé l’année de naissance et le sexe de la personne, qu’on connaît déjà, on détient quelques informations qu’on pourra tenter de croiser avec d’autres données.

Montréalais, rassurez-vous. Si la firme Bixi partage elle aussi des données sur l’utilisation des vélos, à ma connaissance elle ne divulgue pas les données brutes sur les allées et venues de ses abonnés.